Gratitude


Aussi loin que nous puissions remonter dans la mémoire de nos expériences,

chacun peut reconnaître avoir rencontré un être qui, d’une manière ou d’une autre,

nous a manifesté de la reconnaissance.

 

De même, il nous est arrivé de remercier

parfois machinalement,  par convenance, par habitude ou par mondanité,

comme un geste appris, répété, presque automatique.

 

La gratitude, pourtant, relève d’un tout autre ordre.

Elle n’est pas un acte, mais un état.
Elle n’est pas une formule, mais une présence.

 

La gratitude apparaît lorsque certaines conditions intérieures et extérieures sont réunies.

Elle ne se commande pas, elle ne se provoque pas ; elle advient.

Si le remerciement peut parfois engendrer un sentiment de dette,

la gratitude, elle, en est entièrement dépourvue. Elle ne lie pas, elle libère.

Bien qu’elle requière une disposition de l’être qui la perçoit,

elle ne lui appartient pas réellement. Elle traverse, elle visite, elle éclaire, puis se retire.

 

Elle est le fruit d’une conjonction de facteurs invisibles,

semblable à une graine enfouie dans la terre.

Comme le grain de blé, elle ne germe que lorsque les conditions sont propices.

 

Dans le règne végétal, le grain attend patiemment que les conditions le sorte hors de sa dormance.
Dans le règne animal, l’élan vital se met en mouvement pour rencontrer ces conditions.
Dans le règne humain, cette dynamique devient consciente :

nous participons à la création des conditions mêmes de notre éveil.

Nous devenons alors co-créateurs.

 

Les règnes de la nature ne sont pas séparés ; ils dialoguent en silence.

Le règne minéral se suffit à lui-même, régi par des lois immuables.
Le règne végétal nécessite le minéral, la lumière et  l’eau.
Le règne animal nécessite le végétal,  la lumière , l’eau et le minéral.
Le règne humain, lui, dépend de tous les autres.

De tous les règnes, l’humain est le plus vulnérable

 et peut-être, à ce titre, le plus responsable.

Nous ne devenons pas pleinement humains par le simple fait d’appartenir à ce règne,

mais en acceptant la responsabilité de notre interdépendance.

C’est dans cet accueil conscient que naît la co-création.
Et c’est là, naturellement, que la gratitude peut émerger.

 

Comme le grain de blé qui s’éveille à la vie

lorsque, enfin, les conditions sont réunies.