Notre existence même
La page « Histoire » interroge notre rapport au temps et à nos origines biologiques.
Ici, il s’agit d’un questionnement plus fondamental encore : celui de notre existence même.
Nous apparaissons dans le monde accompagnés de traces administratives.
Une date, parfois une heure, un lieu. Un nom, puis un prénom. Autant de repères destinés à fixer l’instant de notre arrivée, comme si l’existence pouvait être contenue dans des coordonnées administratives.
Le prénom nous est donné avant même que nous ayons conscience de nous-mêmes.
Il nous désigne, nous précède, nous enferme parfois. Il peut évoquer une histoire familiale, une attente, un contexte.
Il devient un signe par lequel les autres nous reconnaissent,
bien avant que nous apprenions à nous reconnaître nous-mêmes à travers lui.
Mais une question persiste, rarement formulée :
Qu’étions-nous avant d’être nommés ?
Avant d’être inscrits dans le monde, quelle était notre réalité ?
Cette question n’appelle pas de réponse factuelle.
Elle ouvre un vide, une zone d’incertitude, là où naît la réflexion existentielle.
Imaginons alors une image simple : chacun de nous est un grain.
Le père sème, la mère accueille. Les conditions sont réunies, le processus se met en marche.
Pourtant, ni l’un ni l’autre ne décident de la vie elle-même.
La vie ne se fabrique pas. Elle advient, nous pouvons l'empêcher mais nom la produire.
La force qui pousse le grain à germer ne provient ni de la main qui agit ni du sol qui reçoit.
Elle est déjà là, contenue dans le grain. Elle échappe à toute maîtrise.
Aucun parent ne sait comment créer un être. Ils peuvent, participer, transmettre, accompagner, protéger,
mais ils ne produisent pas l’existence, ils sont co-créateur. Leur responsabilité est réelle, mais elle a des limites.
Reconnaître cela, c’est déplacer le poids de la question :
l’existence ne commence pas avec les parents, elle commence avec l’être lui-même.
En ce sens, exister implique une forme de responsabilité. Non pas une culpabilité, mais un engagement.
Être là n’est pas un simple hasard extérieur ; c’est une condition que nous portons.
Accepter cette idée, c’est libérer les parents de l’illusion d’une responsabilité totale, et se confronter à la nôtre.
Car si nous sommes là, c’est avant tout à nous d’assumer ce fait.
De lui donner sens, ou d’accepter son absence de sens.
L’existence ne nous demande pas pourquoi nous sommes venus,
mais ce que nous faisons de cette présence.